Colin Higgins
AUTEUR

Biographie

Colin Higgins est un réalisateur, scénariste et producteur américain né d'un père américain et d'une mère australienne. Il est titulaire d'un bachelor's degree de l'Université Stanford et d'un master of fine arts (M.F.A.) de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA).

Il est auteur du scénario du film Harold et Maude, sorti en 1972 et qui a connu un vif succès. De ce scénario, Colin Higgins a tiré un roman, puis une pièce qui a été adaptée en français par Jean-Claude Carrière et mise en scène par Jean-Louis Barrault. Cette adaptation théâtrale a elle-même connu un grand succès puisqu'elle fut donnée durant 7 ans à Paris.

Colin Higgins a produit, écrit et dirigé de nombreux films tels que 'Jeu fétide', 'Comment se débarrasser de son patron', 'La cage aux poules'. Il a aussi écrit des minis séries pour la télévision, des pièces de théâtre et a même été acteur.

En 1986, il créé une fondation à son nom répondant à ses aspirations humanitaires.

Il est décédé du sida à Beverly Hill, Californie.

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Colin Higgins et le français


"Je suis né dans une île française du Pacifique, dans un hôpital français, et un docteur français me donna ma première tape sur le derrière. On peut donc dire que ma toute première velléité de communication fut un cri français. Hélas, ce fut aussi un échec. Personne n'y prêta la moindre attention. Cette situation pénible allait durer pendant trente ans.

Ma rencontre suivante avec la langue française eut lieu dans un lycée de Sydney, où un jésuite bossu qui portait le nom de « Père Mac » entrait dans la classe clopin-clopant, une gifle à droite, une gifle à gauche. Il attendait de l'élève apeuré que j'étais que je me lève et « récite ». Je me souviens, une fois, d'avoir bondi hors de ma chaise et crié tout d'une traite : « bijoucaillouchougenouhiboujoujoupou ». Il eut l'air enchanté, et je me rassis très satisfait de moi-même, bien que le sens de cette phrase et pourquoi je l'avais apprise par cœur demeurent encore maintenant un mystère complet.

D'autres jours, bien sûr, je ne trouvais rien à « réciter ». Une fois, il me demanda le participe passé du verbe « rire », et comme je ne le connaissais pas, je reçus immédiatement six coups de lanière de cuir sur mes paumes offertes. Le résultat est que je ne peux jamais rire en France sans ressentir une douleur terrible au bout des doigts.

J'entrai à l'Université, aux Etats-Unis, où un homme n'est pas considéré comme cultivé s'il ne parle pas une langue étrangère (à l'exception, bien sûr, de l'espagnol, qui ne compte pas). C'est alors que je me suis mis sérieusement à l'étude de la langue française. J'appris en entier « La Cigale et la Fourmi », et je pouvais citer de mémoire plusieurs phrases extraites du petit disque « La Vie de Beethoven » racontée aux enfants par Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. Mais cette première année à l'Université ne m'a pas laissé un bon souvenir. Je n'étais devenu un adolescent qu'assez tard. Aussi, les jeunes filles, les sorties nocturnes, les remontrances de mes parents, tout cela faisait-il que je ne parvenais pas vraiment à me concentrer sur « Le Petit Prince ». J'échouai à l'examen de français, cours moyen. Les autorités furent très aimables ; on me permit de doubler ma classe. Je fus à nouveau recalé. Cette fois, il n'y avait plus de rémission : je fus suspendu par l'Université, et ainsi j'entrai dans l'Armée américaine.

Je servis comme soldat de deuxième classe en Georgie. Je survécus à la crise des missiles cubains. Je portai un fusil dans le Mississipi pour aider à ce que le premier étudiant noir américain entré à l'Université puisse y rester. Mais je n'étais pas heureux. Je voulais aller à Paris. J'en fis la demande, et à mon joyeux étonnement, je fus muté en Allemagne. C'était assez proche pour me permettre de faire de fréquents séjours dans la ville qui devint, à mes yeux, la plus belle du monde.

Mon engagement militaire prit fin, et je vins immédiatement à Paris où je m'inscrivis en cours de civilisation française de la Sorbonne. Grâce au talent et à la patience de Mlle Schwartz, on me donna un diplôme, et quand je quittai la France, j'étais à même de bavarder avec ma concierge sur la température du jour, et d'indiquer aux touristes allemands le chemin de la tombe de Napoléon.

Cette grisante connaissance du français survécut pendant la première année où je retrouvai l'Université. Je souscrivis un abonnement de six mois à Paris- Match. Mais peu à peu ma négligence reprit le dessus, et Paris-Match resta dans sa gangue. Je cessai d'écouter les chansons d'Edith Piaf. Je commençai même à lire les sous-titres des films de Godard.

Mais ce fut à Montréal, lors de l'Expo 67, que le grand choc survint : je saluai ma concierge québecquoise avec une phrase sur la température du jour, et elle m'indiqua la direction à prendre pour le bureau de poste le plus proche. Après cela, j'ai cessé de parler français pendant six ans.

Puis j'entrai à l'école de cinéma de Los Angeles (on n'attend pas des élèves en art cinématographique qu'ils parlent une langue vivante — pas même la leur). Je faisais des courts-métrages. Pour mon diplôme, j'écrivis le scénario d'Harold Et Maude, qui plus tard, devint un film. Et à ma grande surprise, c'est ce film qui me ramena encore une fois sur le sentier de la langue française. Je reçus d'abord un exemplaire du roman qui avait été traduit en français et publié par Denoël. Puis les échos du succès remporté par le film à Paris parvinrent jusqu'à moi. Et enfin, je reçus un appel téléphonique d'une productrice française, Micheline Rozan, qui m'offrait d'écrire, à partir de mon scénario, une pièce destinée à Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault.

Et me revoilà à Paris, confronté avec la même vieille question : le nouveau-né de la Nouvelle-Calédonie saura-t-il jamais lire « Le Petit Prince » ? L'étudiant d'Australie saura-t-il jamais maîtriser le verbe rire ? L'ex-soldat des Etats-Unis arrivera-t-il jamais à comprendre Godard ? Qui sait ?... Mais l'espoir demeure. "

Colin Higgins
Préface /Cahiers Renaud Barrault Textes à propos de Harold et Maude par Jean-Louis Barrault 1974

Jean Claude Carrière
ADAPTATION FRANCAISE

 

Né dans une famille de viticulteurs, Jean-Claude Carrière est un ancien élève du Lycée Lakanal et de l'Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud. Après une licence de Lettres et une maîtrise d'Histoire, il abandonne rapidement sa vocation d'historien pour le dessin et l'écriture. Il publie en 1957 son premier roman, 'Lézard', et rencontre Pierre Etaix chez Jacques Tati avec qui il cosigne des courts et des longs métrages. Sa collaboration avec Bunuel durera dix-neuf ans jusqu'à la mort du grand réalisateur. Parallèlement, il poursuit sa carrière de dramaturge et adaptateur en particulier avec Jean-Louis Barrault et Peter Brook. Parmi les scénarios écrits par Jean-Claude Carrière, notons 'Le Tambour', 'Un papillon sur l'épaule' ou encore 'Le Retour de Martin Guerre' qui lui vaut le césar du meilleur scénario en 1983. Il s'attaque également à l'adaptation d'oeuvres littéraires comme 'Harold et Maude', 'Cyrano de Bergerac', 'Le Roi des Aulnes' ou encore 'L' insoutenable légèreté de l'être'.
En 2007, il co-signe avec le réalisateur le scénario du film de Volker Schlondorff, 'Urzhan' qui est présenté au Festival de Cannes. Ecrivain, scénariste et à ses heures acteur et réalisateur, Jean-Claude Carrière est un artiste complet qui vogue entre cinéma et littérature. En 2009, il collabore avec Umberto Eco pour le livre 'N' espérez pas vous débarrasser des livres'.

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